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Site dédié à la fin de l'âge du pétrole

A la recherche de la croissance perdue.

Alors que le cours du pétrole brut sur les marchés se situait aux alentours de $75 par baril, en juin 2007, Jacques Mechelany, administrateur délégué de Heritage Fund Management (HFM), anticipait (dans des propos rapportés sur le site oleocene.org) qu’une valeur qu’il jugeait alors très élevée ne pourrait pas grimper beaucoup plus haut ...

... en raison du fait qu’elle entraînerait bientôt un ralentissement de la croissance économique et de la croissance de la demande de brut. Les tensions résultantes au niveau des marchés, sous l’effet d’une demande insuffisante par rapport à l’offre, conduiraient vers la fin de l’année 2007, selon ses estimations, à une valeur diminuée de moitié, c’est-à-dire environ $35 par baril.

Que prévoyait-il pour la suite ?

Rien de précis mais les explications qu’il ajoutait m’ont conduit à imaginer qu'il anticipait vraisemblablement le scénario suivant : Un cours redescendu aux alentours de $35 par baril pourrait demeurer stabilisé pendant quelque temps au voisinage de ce niveau. Cette stabilisation favoriserait ensuite un rebond vers une croissance économique retrouvée accompagnée d’une nouvelle accélération de la croissance de la demande de brut. A un moment donné, cette demande finirait cependant par devenir excessive par rapport à l’offre, les tensions résultantes au niveau des marchés s’inverseraient et le cours du brut repartirait à la hausse. Et ainsi de suite…

Les explications rapportées faisaient ressortir le rôle joué par une «élasticité fonctionnant dans les deux sens» reliant les fluctuations du taux de croissance de la demande de brut à celles du cours de celui-ci sur les marchés. Le scénario que j’ai imaginé sur la base de ces explications décrit le mode d’action du mécanisme élastique qui régule, conditionne et accompagne les alternances observées entre intervalles de ralentissement économique et intervalles de croissance retrouvée.

Un an et neuf mois se sont écoulés depuis que Jacques Mechelany a exprimé la prévision (assortie d’explications) ci-dessus exposée. Le présent article propose aujourd’hui une évaluation du degré de justesse de la prévision et du niveau de pertinence des explications qui l’accompagnent, sous l’éclairage de la connaissance actuelle des événements qui ont été déroulés jusqu’à présent par le fil de notre histoire.

Evaluons tout d’abord les explications, au regard des faits observés tout au long de la période 1945-2005 et dont nous avons aujourd’hui connaissance. Un examen attentif de cette période par rapport à l’objectif d’évaluation m’a conduit à la subdiviser en deux sous-périodes successives :
1 : les trois premières décennies (les Trente Glorieuses, 1945-1974) ;
2 : les trois décennies suivantes (1974-2005).

Au cours des Trente Glorieuses, le cours du brut est demeuré bas, l’offre est demeurée en mesure de satisfaire une demande croissant exponentiellement, et aucune interaction élastique entre le taux de croissance de la demande et le cours du brut n’est intervenue de manière significative. Mais l’examen montre qu’une telle interaction s’est établie à partir du premier choc pétrolier (1974) et s’est ensuite manifestée en conformité avec le mécanisme élastique décrit sur la base des explications de Jacques Mechelany, tout au long des trois décennies qui ont suivi ce premier choc, ainsi que le confirme un graphe (publié en octobre 2008 par Jeff Rubin et Peter Buchanan) sur lequel la courbe d’évolution du cours du brut est présentée en rapport avec les alternances entre intervalles de ralentissement économique et intervalles de croissance retrouvée.

Les effets résultants de la non-existence d’un tel mécanisme au cours des Trente Glorieuses et ceux qui ont résulté de son existence au cours des trois décennies suivantes ont eu des répercussions sensibles au niveau de l’évolution de la croissance de la production mondiale annuelle d’énergie, ainsi que le montre un graphe initialement publié par Jean-Marc Jancovici sur le site manicore.com puis reproduit sur diverses pages WEB. La représentation graphique de cette production au cours de la période 1945-2005 dessine tout d’abord, entre 1945 et 1970, pendant les Trente Glorieuses, une portion de courbe d’allure exponentielle. Elle dessine ensuite, de 1970 à 2005, une portion de courbe bosselée. La réunion de ces deux portions forme une courbe irrégulière s’écartant peu d’une droite (non représentée sur le graphe) dont la pente représente la tendance linéaire croissante moyenne observée de 1945 à 2005. Cette droite débute en 1945 avec une valeur de l’ordre de 1500 Mtep, croît selon une pente de l’ordre de 150 Mtep par an et aboutit à une valeur d’environ 10500 Mtep en 2005. Un graphe représentant cette droite, comportant le calcul de sa pente et exprimant sa valeur en Gtep par an a été représenté sur une autre page WEB (Cliquer sur le graphe pour l’agrandir).

[1 Mtep = 1 million de tonne-équivalent-pétrole ; 1 Gtep = 1000 Mtep].

L’examen des explications qui accompagnaient la prévision effectuée par Jacques Mechelany en juin 2007 permet donc de conclure qu’elles étaient tout à fait pertinentes. Mais il s’avère par contre, aujourd’hui, sous l’éclairage de la connaissance des événements survenus depuis lors, que la prévision n’a pas été juste. Certes, la chute des cours aux alentours de $35 par baril a bien eu lieu, mais avec un an de retard par rapport à ce qu’il avait annoncé et à la suite d’un pic de $147 par baril qu’il n’avait pas du tout prévu [survenu en juillet 2008 et vertigineux sur ses deux versants (l’ascendant et le descendant)].

En bon négationniste de Peak Oil, Jacques Mechelany estimait sans doute que le mécanisme élastique sur lequel sont fondées ses explications continuerait de fonctionner au cours des prochaines décennies tout comme il avait fonctionné auparavant. Il anticipait ainsi, implicitement, que la production annuelle d’énergie continuerait de croître en fluctuant au voisinage de la valeur que l’on obtient en prolongeant la tendance linéaire croissante moyenne observée tout au long de la période 1945-2005.

Or, il se révèle de plus en plus, à présent, que la récession qui s’est déclarée en 2008 est bien plus profonde que chacun des ralentissements observés entre 1974 et 2005. Une analyse permettant de la comprendre doit nécessairement prendre en compte le fait que les ressources exploitables à faible coût commencent à décliner, le fait que la croissance ne peut être poursuivie qu’en recourant à des ressources dont l’exploitation est onéreuse, le fait que l’augmentation du coût moyen d’exploitation ralentit la croissance économique, et, vraisemblablement, bien d’autres considérations dont la connaissance se révèlera au cours des prochaines années. Les ravages de cette profonde récession ont sapé et continuent de saper les fondements même de la civilisation industrielle (incluant ceux du système capitaliste qui la dirige), révélant que ses capacités s’érodent sans qu’il soit possible de distinguer clairement les causes des érosions et les conséquences résultant de ces causes, en raison de complexes rétroactions qui s’entremêlent en imbriquant les relations de causalité dans deux sens opposés l’un à l’autre.

Dans un tel contexte, il semble à présent que le mécanisme élastique établi depuis 1974 s’est aujourd’hui grippé, l’étendue de son domaine d’élasticité s’étant fortement rétrécie et peut-être même anéantie. Il est probable que la civilisation industrielle n’aura plus les moyens, à partir d’un moment donné, de prolonger plus longtemps la tendance linéaire croissante moyenne qui constituait l’axe directeur indispensable par rapport auquel le mécanisme élastique entretenait des fluctuations depuis 1974. La production annuelle d’énergie s’infléchira donc vers le bas, atteindra un sommet, puis s’orientera vraisemblablement dans le sens du déclin, dessinant une courbe semblable à celle qu’a présenté Paul Chefurka, en octobre 2007, dans l’une de ses publications.

Le résultat de mon analyse est en accord avec la conclusion que l’Agence Internationale d’Energie a récemment exprimée sur un graphe prolongeant jusqu’en 2030 (1) la tendance linéaire moyenne croissante observée depuis 1945 : “This is unsustainable!” («Ceci est insoutenable!»), dit cette conclusion.

Et il s’accorde aussi, bien sûr, avec les conclusions qu’avait exprimées le club de Rome en 1972, vers la fin des Trente Glorieuses, dans le rapport intitulé “Limits to Growth”, traduit en français et publié sous le titre «Halte à la croissance?».

Des limites à la croissance ? Chut ! Il n’est pas convenable d’en parler, c’est un sujet tabou. Pour le moment, les maîtres du monde veulent croire, faire croire et/ou laisser croire que les plans de relance assortis d’injections massives de capitaux dans le système financier permettront de retrouver la croissance perdue (2).

____________________

(1) Cette prolongation aboutit en 2030 à une production énergétique annuelle évaluée à environ 17000 Mtep, incluant les énergies issues de la biomasse utilisées dans des applications industrielles. La prolongation jusqu’à la même date de la tendance linéaire croissante moyenne établie sur la base de la portion 1945-2005 du graphe de Jean-Marc Jancovici aboutit à environ 14500 Mtep, excluant la biomasse.

(2) Quel discours tiendrait Marcel Proust, l’auteur du roman «A la recherche du temps perdu», s’il revenait aujourd’hui parmi nous, adressant son discours aux maîtres du monde? Et que lui répondraient ces derniers?

J’ai imaginé le dialogue ci-dessous:

« Vous perdez votre temps, dirait l’écrivain dès qu’on lui aurait donné la parole. Chercher aujourd’hui à retrouver la croissance, c’est comme chercher à augmenter le volume d’air dans les poumons en fin d’inspiration.
– Erreur, c’est tout le contraire. En refusant de vous entendre et en continuant comme auparavant, nous gagnons du temps. Et le temps, c’est encore de l’argent.
– C’est vrai, mais pour combien de temps encore?
– Nous ne pouvons pas vous le dire. Cherchez vous-même…»
Et Marcel Proust partirait alors à la recherche du temps gagné restant encore à cueillir.

Carpe diem.
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Cet article a également été publié sur la page ci-dessous :

http://lephoenix.wordpress.com/2009/03/10/a-la-recherche-de-la-croissanc...

Pétrole

L'envolée du prix du pétrole en 2008 a été interrompue par la crise économique et ne l’a pas causé. Cette envolée a contribué à un revirement de la plupart des spécialistes du secteur pétrolier. Ceux-ci reconnaissent que le déclin de la production de pétrole est un phénomène inéluctable.

Toutefois les avis divergent fortement sur la date du pic, les spécialistes les plus optimistes situent le pic pétrolier vers 2020. Le PO peut en effet que provoquer une crise, mais ….nous n’avons pas connu le PO encore.

L'économie mondiale doit se préparer au plus tôt à la transition vers une ressource pétrolière décroissante car son fonctionnement repose aujourd'hui largement sur les sous-produits de cette matière première. Le crise qui suivra le pic pétrolier sera d'autant moins violent si la société aura su s'y préparer. casino en ligne

Petits problèmes.

Je ne suis pas particulièrement impressionné par le graphe de Jeff Rubin.
La corrélation n'est vraiment si extraordinaire que cela. La récession du début des années 90 a été précédée d'une très courte flambée due à la guerre du Golfe, et la reprise est intervenue longtemps après la chute du prix du baril. Les crises de 97 et de 2001 n'ont été précédées d'aucune flambée du cours du brut. La sortie de crise en 76, n'a été précédée d'aucune baisse de prix. Bref, en regardant dans le détail, on n'est pas si impressionné par la corrélation. Au delà, prétendre que les trente glorieuses ont été exemptes de récession est une erreur:
graphe
Comme c'est une erreur également de voir dans hausse des prix du pétrole la seule cause de la crise du début des années 80. C'est d'ailleurs assez apparent sur le graphe US présenté au dessus: après une coutre récession liée au second choc pétrolier, on a connu une reprise, puis une nouvelle chute, liée, elle, à la politique monétaire de Paul Volker, dont l'objectif était de tuer l'inflation.
Bref, vouloir tout lier au prix du baril est une erreur, les crises économiques peuvent avoir d'autres causes que le baril. Celle-ci, par exemple, voit son origine, entre autres, dans la constitution, puis l'éclatement d'une bulle immobilière. Bien sûr, la hausse du baril a joué son rôle dans l'histoire, mais il semble bien audacieux de tout ramener à cette cause unique.

Gros Souci.

En ce qui concerne l’analyse de la période 1945-2005, je n’ai décelé aucune contradiction entre vos propos et les miens. Mes propos relatifs à cette analyse répondent à la question suivante :

«L’élasticité fonctionnant dans les deux sens» (1) reliant les fluctuations du taux de croissance de la demande de brut à celles du cours de celui-ci sur les marchés a-t-elle joué un rôle significatif au cours de cette période?

A cette question, je réponds «oui» en ce qui concerne l’intervalle 1974-2005, m’appuyant sur le graphe de Jeff Rubin et Peter Buchanan, estimant que la corrélation est suffisamment nette pour être significative. Mais je ne prétends en aucune façon que ce mécanisme élastique a constitué l’unique facteur et je ne conteste pas le rôle joué par les autres facteurs que vous citez.

Je réponds par contre «non» en ce qui concerne l’intervalle 1945-1974. Mais je ne prétends pas que les Trente Glorieuses ont été exemptes de ralentissements économiques, je ne conteste pas la validité du graphe que vous présentez et je ne vois pas du tout en quoi ce graphe serait susceptible de modifier ma réponse.

En ce qui concerne la récession actuelle, je pense qu’elle est incomparablement plus profonde que n’importe lequel des ralentissements observés entre 1945 et 2005. Il y a lieu, me semble-t-il de distinguer les effets de surface ayant déclenché la récession et la cause profonde sous-jacente qui se révèlera de plus en plus clairement au cours des mois et années à venir, en relation avec Peak Oil. Cette cause profonde réside, selon moi, dans le fait que la civilisation industrielle a atteint ou atteindra bientôt le sommet de sa puissance (mesurable par la production mondiale annuelle d’énergie), que ce sommet sera inévitablement suivi d’un déclin, lequel inversera l’expansion humaine en contraction. Et c’est précisément à ce niveau que je perçois un gros souci.

Ce souci découle du fait que les mécanismes d’échanges développés entre les composantes du système économique mondial ont été basés, jusqu’à présent, sur un système financier assimilable à une gigantesque bulle «maintenue sous pression» tant que l’existence de marchés en expansion permettait à des investisseurs de réaliser des bénéfices dont une partie était réinvestie de telle sorte qu’elle contribuait à maintenir la pression de la bulle (2) et entretenait l’état d’expansion tant que celui-ci demeurait physiquement possible. Or je ne vois pas du tout comment un tel système financier pourra demeurer viable dans un environnement économique contraint de persister en état de contraction.

______________

(1) Définition donnée en début d’article, peut-être différente d’autres définitions données par d’autres auteurs.

(2) Selon ma propre représentation, une bulle financière est «maintenue sous pression» lorsque le montant total des capitaux qu’elle comptabilise augmente au cours du temps. Elle devient «en état de dépression» lorsque ce montant total décroît. Elle «implose» si de nombreuses valeurs de capitaux disparaissent (faillites) ou deviennent fortement dépréciées.

Remarque : J’entends souvent dire qu’une bulle financière éclate, mais il me paraît plus approprié de dire qu’elle implose.

Questions.

Comment se fait-il que cette crise se soit déclenchée avant que le PO ne soit passé?
Comment se fait-il que la bulle immobilière ait commencé à croître bavant la montée des cours du brut?
Combien de bulles dans l'histoire n'ont pas fini par éclater(ou imploser si on trouve le terme plus juste)?
Comment se fait-il que la montée de l'endettement privé aux USA ait pris son essor à partir des années 80?
Les crises des années 1873, de 29, ou la crise japonaise des années 90 sont-elles dues au PO?

Réponse.

Je ne sais pas répondre avec précision et certitude à chacune des questions que vous posez. Je ne peux que vous donner une réponse globale, laquelle présente mon interprétation des faits observés depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui.

Mon analyse par rapport à l’ensemble de vos questions m’a conduit à différentier trois périodes successives.

1°/ De 1945 à environ 2004, la civilisation industrielle a généralement été capable de produire de l’énergie à faible coût et de la vendre à faible prix tout en satisfaisant une demande croissante (1). Cette capacité a interagi en synergie avec les capacités de croissance de chacune des trois autres composantes principales du système global : le niveau numérique de population, l’économie réelle et le montant total des valeurs capitalisées comptabilisées par le système financier. Sous les effets des actions exercées au sein de cet ensemble interactif très complexe, la production mondiale annuelle d’énergie a augmenté en fluctuant, dessinant une courbe qui s’est maintenue au voisinage d’une droite croissante (dont la pente a été de l’ordre de 0,15 Gtep/an, voir texte principal de l’article et lien approprié), alimentant parallèlement les croissances de chacune des trois autres composantes du système interactif global.

2°/ De 2004 à juillet 2008, la production d’énergie obtenue à faible coût d’exploitation a cessé de pouvoir satisfaire une demande croissant plus vite qu’elle, de sorte que les prix ont grimpé, vraisemblablement sous les effets classiques du jeu offre-demande et de la spéculation.
La forte différence entre les prix de vente élevés sur les marché et le coût moyen d’exploitation a généré d’énormes bénéfices. Une grande partie de ces bénéfices a entretenu la croissance numérique de diverses populations, permettant à celles-ci d’acheter des biens de consommation et entretenant ainsi une forte croissance économique mondiale. Une deuxième partie a permis a de riches élites dirigeantes d'acquérir du capital à rentabilité rapide et d’investir massivement dans divers projets. Une troisième partie a été investie dans la production d’énergie à coûts d’exploitation élevés (renouvelables, pétrole profond, sables asphaltiques et schistes bitumineux…) contribuant à entretenir la croissance de la production énergétique globale.
Une telle croissance a permis de créer de plus en plus d’argent à l’actif du système financier en créant de plus en plus de dettes au passif des investisseurs, dans un contexte permettant à ces derniers non seulement de rembourser leurs dettes (+ intérêts) mais aussi de réaliser des profits, réinvestir une partie d’entre eux et contribuer ainsi à la poursuite de la croissance mondiale.
Les nombreux projets entrepris créèrent de nouveaux capitaux initialisés avec des valeurs élevées, souvent financés par une forte proportion d’argent emprunté, négligeant les risques susceptibles de se concrétiser sous l’effet d’une hausse excessive des prix de vente de l’énergie et/ou de l’installation d’une récession économique profonde aboutissant à des dépréciations de capitaux, des surendettements, des faillites, des projets avortant avant d’être achevés, etc. Ainsi furent créées de gigantesques bulles susceptibles d’imploser...

3°/ Un retournement de situation se produisit à partir de juillet 2008: les cours du pétrole brut dépassèrent un seuil au-delà duquel un «retour de manivelle» inattendu fut déclenché.
Alors la demande d’énergie et la consommation des ménages diminuèrent considérablement, provoquant une forte chute de ces cours (en seulement quelques mois) et initiant la récession que nous connaissons aujourd’hui.
En raison du fait que les risques précédemment négligés se concrétisèrent, de nombreuses bulles financières implosèrent et de fortes sommes d’argent capitalisées dans ces bulles disparurent.
En conséquence, un resserrement sévère du crédit succéda brutalement à une politique de prêts jusque-là accordés trop facilement et de manière inconsidérée par rapport aux risques. Les marchés devinrent extrêmement volatiles et imprévisibles, obligeant les états à réagir, à sortir d’un capitalisme débridé et à prendre des mesures d’urgence afin d’éviter un effondrement prématuré du système financier.

Sur la base de mes observations et analyses, je perçois aujourd’hui que la civilisation industrielle est vraisemblablement sur le point d’atteindre le sommet de sa production annuelle d’énergie, sous les effets conjugués de la déplétion des ressources accessibles et exploitables à des coûts non prohibitifs (2), de la forte réduction de la capacité de créer de l’argent par création de dettes et de la forte réduction des capacités d’investissement, ces trois effets s’entretenant mutuellement. L’arrivée de ce sommet marque la fin de l’expansion de la civilisation industrielle et annonce le début de son déclin.

Telle est ma conclusion. Est-elle juste? Etant quelqu’un qui commence généralement par douter avant de croire, je ne suis sûr de rien. Je souhaiterais, naturellement, qu’une faille puisse être décelée dans mes élucubrations et que la prospérité que notre civilisation a connue au cours des six dernières décennies puisse encore se prolonger pendant longtemps...

Mais il se peut aussi, malheureusement, que ma conclusion soit juste.

______

(1) Cette capacité ne s’est pas exprimée au cours des chocs pétroliers de 1973 et de 1979, mais elle existait physiquement.

(2) Le caractère d'accessibilité et la capacité d'exploitation sont fluctuants, en fonction de la conjoncture, dépendant notamment des valeurs des cours sur les marchés, de considérations géopolitiques, de considérations écologiques et vraisemblablement d'autres facteurs qui se révèleront dans l'avenir.

cette discussion est

cette discussion est intéressante mais devrait être poursuivis sur le forum. J'invite André Sautou à créer un fil dans la section Discussion par exemple.

Aucune raison d'aller sur le forum

le forum est réservé aux discussions sans sujet. Ici il y a un article et on le commente.

Moi, j’ai surtout compris que

Moi, j’ai surtout compris que les dirigeants du monde habitués à financer leurs budgets par la croissance seront désemparés s’ils ne parviennent pas à retrouver la croissance perdue. Et leurs relations avec les gens vont devenir de plus en plus tendues s’il y a de plus en plus de chomage.

J’ai imaginé le dialogue suivant, qui ressemble à celui de la fin :

Les gens du peuples s’adressant à leurs dirigeants :

" Le peuple n’en peut plus ! "

Les dirigeants répondant au peuple :

" Et nous, on peut de plus en plus peu … "

La capacité de se maintenir au pouvoir.

Au temps d’Alexandre le Grand, la capacité de se maintenir au pouvoir était en grande partie fondée sur la capacité de faire régner la terreur.
Avec l’avènement et l’essor des démocraties libérales, elle s’est en grande partie fondée sur la capacité de perpétuer la croissance économique, celle-ci étant alimentée par la croissance de la production d’énergie (surtout à partir de 1945 et jusqu’à nos jours).
Mais quelles capacités permettront aux gouvernants de se maintenir au pouvoir lorsque cette production aura débuté son déclin, à l’ère post-Peak-Oil ?
Des événements surgiront, ils écriront la suite de l’histoire humaine et celle-ci contiendra la réponse.

???

On n'a rien compris.

Beaucoup de sauce, mais où est le lapin ?

Si vous n’avez rien compris,

Si vous n’avez rien compris, c’est peut-être parce que j’ai mal expliqué, ou que je ne pas su faire comprendre où je voulais en venir. Mais c’est aussi, peut être, parce que vous avez lu superficiellement, sans examiner attentivement les graphes illustrant et accompagnant mes propos (liens fournis) en liaison avec les parties du texte qui s’y rapportent. Je ne crois pas, en effet, que ces propos peuvent être compris si l’on ne prend pas la peine d’effectuer de tels examens, sur chacun des graphes, avec des va-et-vient entre le texte et le graphe. C’est la seule façon, à mon avis, d’extraire les «morceaux du lapin» de la «sauce qui l’accompagne», puis de les digérer.

L’un de ces «morceaux» est la mise en évidence d’une corrélation qui m’a paru très nette (dans l’intervalle 1974-2005) entre, d’une part, l’évolution des prix du brut et, d’autre part, les alternances entre intervalles de ralentissement économique et intervalles de croissance retrouvée, corrélation bien apparente, me semble-t-il, sur le graphe de Jeff Rubbin et Peter Buchanan. Cette corrélation n’est certainement pas fortuite. Elle indique qu’un cours de brut élevé ne peut pas durer trop longtemps sans provoquer un ralentissement de la croissance économique (répercutée sur la demande de brut), induisant une offre supérieure à la demande et conduisant à une baisse des prix, laquelle baisse conduit alors au bout d’un certain temps à la reprise d’une croissance forte (croissance retrouvée). Et le cycle recommence.
L’effet produisant l’alternance entre ralentissement économique et croissance retrouvée a été appelé par Jacques Mechelany, dans le texte cité, «élasticité fonctionnant dans les deux sens». Par simple commodité, j’ai désigné sous l’appellation «mécanisme élastique» le système sous-jacent produisant cet effet.

Un deuxième «morceau du lapin» dégage deux remarques concernant l’évolution de la production mondiale annuelle d’énergie (voir graphe comportant le calcul de la croissance moyenne entre 1945 et 2000).
Première remarque : la croissance de la production apparaît sur ce graphe d’allure exponentielle pendant les Trente Glorieuses (période n’ayant pas connu de ralentissements) jusqu’en 1970 tandis qu’elle apparaît bosselée par la suite (période alternant ralentissements économiques et retours à une forte croissance ; or les bosses font apparaître les fluctuations du taux de croissance d'une production évoluant en fonction de la demande, fluctuations qui sont précisément en état d’interaction élastique avec les fluctuations du cours du brut).
Deuxième remarque : mise en évidence d’une tendance linéaire croissante moyenne de la production annuelle entre 1945 et 2005, beaucoup plus forte que celles qui eurent cours dans les intervalles précédents de la civilisation industrielle (périodes 1860-1900 et 1900-1940). Il apparaît en effet clairement que la courbe de production s’écarte peu de la droite moyenne tracée, dont la pente est de l’ordre de 0,15 Gtep/an.

Que conclure de ces observations? Je pense que l’existence de cycles faisant alterner ralentissement économique et croissance retrouvée, observés depuis 1974 et jusqu’à 2005, est liée au fait qu’il a été possible de perpétuer, au niveau de la production mondiale d'énergie, la tendance linéaire croissante moyenne précédemment installée (à partir de 1945), les ralentissements et les reprises de croissance ayant constitué des fluctuations au voisinage de cette tendance. Or il me semble aujourd’hui que nous avons atteint ou sommes sur le point d’atteindre le moment à partir duquel la civilisation industrielle n’aura plus la capacité (pour diverses raisons qui se combinent en s’ajoutant) de perpétuer une telle tendance. La courbe de production va donc vraisemblablement s’infléchir vers le bas, atteindre un sommet, puis décliner. Et donc les fluctuations au voisinage d’une tendance définitivement disparue seront anéanties, cédant la place à un inexorable déclin auquel nous n’échapperons pas.

Or les gouvernants, les économistes ou les media (réduisant généralement les causes de cette récession à la crise financière et ignorant le fait ci-dessus exposé) continuent d’affirmer avec certitude que cette crise se terminera, comme toutes les crises, et qu’il n’y a pas lieu de douter de la capacité de retrouver dans l’avenir la croissance aujourd’hui perdue...

Conclusion de ce commentaire : Il me semble que des propos fondées sur des observations et des analyses s’appuyant sur des graphes dont les sources sont sérieuses et crédibles ne sont pas que de la sauce. Il y a aussi des morceaux de lapin que je crois consistants, mais peut-être, je le reconnais, difficile à digérer. J’espère qu’une relecture du texte à la lumière de ces nouveaux éclaircissements facilitera la digestion. Bon appétit.

Rectification,

L’intervalle des Trente Glorieuses n’a pas été exempt de ralentissements économiques, ainsi que l’a fait remarqué abc dans son premier commentaire, intitulé Petits problèmes. Il ne me semble pas, cependant, que ces ralentissements furent importants au niveau mondial et qu’ils eurent des conséquences sensibles au niveau de la croissance de la production d’énergie.

De l'élasticité-prix de la demande

Sur la forme, nous vous suggérons d'inclure directement les graphes dans l'article, en utilisant les balises HTML classiques ; pour cela, il faut déclarer le format d'entrée de votre article en "full HTML".

Sur le fond, nous avions analysé il y a quelques temps l'élasticité-prix en repartant des données de base de l'EIA. Nos conclusions étaient que la théorie classique de l'élasticité ne s'applique réellement... que depuis l'année dernière.

Quant à la relation entre pétrole et civilisation industrielle, elle est faible : à la rigueur, on peut établir une relation entre énergies fossiles et industrie - la Chine et l'Inde étant deux bons exemples actuels de pays à forte croissance dont le bouquet énergétique repose essentiellement sur le charbon.

Les piquistes ordinaires oublient que toutes les infrastructures construites grâce aux fossiles survivront à leur raréfaction : ce qui va simplement disparaître, c'est la société de sur-consommation. La "civilisation industrielle" peut fonctionner avec une infime partie de l'énergie qui a nécessité sa construction. Et il reste l'énergie nucléaire, certes effrayante par ses risques industriels, mais incontournable pour toute nation qui souhiate conserver son rang économique.

De toute façon, le pic pétrolier a été passé l'année dernière : l'après-pétrole a commencé, sans tambour ni trompette, masqué par la crise économique et financière.

Mon point de vue relatif à vos propos.

Il me paraît vraisemblable que le pic pétrolier est passé et je vous rejoins sur ce point. Mais le pic de production énergétique (toutes énergies confondues) n’a probablement pas encore été atteint (et constitue donc l’actualité du moment), essentiellement en raison du fait que la Chine et l’Inde poursuivent encore une forte croissance en puisant de plus en plus sur le charbon (et secondairement en raison de divers projets de développement du nucléaire et des renouvelables).
Il me semble cependant difficile d’évaluer si la tendance évolutive conduisant vers ce pic se poursuit à présent à l’échelle de temps des mois ou à celle des années. Je n'exclus pas, non plus, le fait que ce pic ait pu avoir lieu tout récemment.

Je perçois aussi, comme vous, que la sur-consommation a constitué l’un des faits de société les plus caractéristiques des six dernières décennies écoulées (développée et encouragée afin de soutenir la croissance nécessaire à la survie du système de fonctionnement global que la civilisation industrielle a développé au cours de cette période). Mais elle s’est réduite au cours des six derniers mois, en raison de la récession déclenchée en septembre-octobre 2008, et se réduira probablement de plus en plus, dans les mois et années à venir, au fur et à mesure que s’approfondit cette récession (cette réduction contribuant à son accentuation et à la détérioration des capacités de survie du système global).

[Il devrait être évident pour tout le monde qu’un système contraint de croître pour survivre cesse d’être viable lorsqu’il atteint les limites de sa croissance. Mais il arrive fréquemment que l’on refuse de reconnaître des évidences lorsqu’elles sont trop dérangeantes et lorsque les conséquences entrevues sont trop effroyables.]

Il me semble par contre irréaliste d’affirmer que la relation entre pétrole et civilisation industrielle est faible. La croissance moyenne exceptionnellement forte observée de 1945 à juillet 2008 (sans précédent dans l’histoire passée) a résulté de l’existence d’une énergie produite à faible coût, le plus souvent vendue à bas prix et capable de satisfaire une demande croissante, le pétrole conventionnel ayant constitué la principale énergie disposant simultanément de ces trois caractéristiques (1). La capacité à maintenir en état de fonctionnement les infrastructures construites à l’ère du pétrole sera vraisemblablement contrainte de s’ajuster, dans l’avenir, en fonction de la quantité annuelle d’énergie qu’il sera possible de produire. Je ne vois pas comment un tel maintien pourrait être poursuivi avec une infime partie de cette quantité (par exemple : avec une production annuelle de 0,1 Gtep au lieu d’environ 11 Gtep actuellement, si l’acception que vous donnez à l’épithète « infime » correspond à une réduction par un facteur diviseur de l’ordre de 100).

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(1) Les intervalles au cours desquels le prix de vente de l’énergie s’est maintenu très au-dessus de son coût de production ont temporairement entraîné des ralentissements affectant certains secteurs d’activités, et développé dans d’autres secteurs des conditions propices à l’éclosion de bulles financières (notamment au cours de l’intervalle 2004-juillet 2008, voir à ce sujet mon commentaire intitulé « Réponse »).

je ne vois pas bien comment

je ne vois pas bien comment on peut exclure définitivement que les "tambours et les trompettes" soient justement la crise économique et financière ! d'ailleurs, qu'est ce que ça peut provoquer d'autre, le PO, finalement ? même si le prix du baril était resté durablement elevé comme beaucoup le prévoyaient, de deux choses l'une : soit ça n'aurait pas provoqué de crise, et le PO n'aurait finalement pas été un problème (pour une raison ou pour une autre, l'économie aurait résisté à la dépletion pétrolière en créant de la valeur "autrement" -). Soit...ça aurait provoqué une crise. Donc je ne vois pas quel AUTRE problème qu'une crise économique on peut avoir après le PO , qu'il ait deja eu lieu en juillet 2008 ou qu'il ait lieu finalement plus tard !

Parce qu'il y a crise et crise...

Le PO ne peut en effet que provoquer une crise, mais pas du genre que nous connaissons. Plutôt une crise qui ressemblerait à celle des années 70, mariant inflation élevée et stagnation voire récession économique.
La crise actuelle, liée à une montée énorme de l'endettement privé ainsi qu'une bulle spéculative également de dimension exceptionnelle dans l'immobilier, ressemble largement à des faits connus dans l'histoire du capitalisme. Avec le PO, on va avoir à faire à quelque chose de nouveau, un peu comme lorsqu'on est passé des crises agricoles aux crises économiques modernes.

"Le PO ne peut en effet que

"Le PO ne peut en effet que provoquer une crise, mais pas du genre que nous connaissons. Plutôt une crise qui ressemblerait à celle des années 70... La crise actuelle....ressemble largement à des faits connus dans l'histoire du capitalisme. Avec le PO, on va avoir à faire à quelque chose de nouveau..."

c'est moi qui comprend mal, où bien est ce que toutes ces phrases sont contradictoires entre elles ???? c'est nouveau, ou c'est du type des années 70 ?

et si le PO donne des crises du genre nouveau, comment peux tu savoir les formes qu'elle prendra ?

c'est quand meme curieux de rester scotché à l'idée que la crise n'est pas due au PO, sous la raison qu'elle ne correspond pas à ce que tu en attends, tout en assurant qu'elle sera d'un type nouveau... (mais quand meme ressemblant à celle des années 70..).

Précision.

La crise des années 70 était largement atypique, vu qu'elle combinait inflation élevée et stagnation économique.
Pour être clair, la crise des années 70 est sans doute ce que nous avons connu de plus approchant de la situation post-pic. Je précise: cette crise sera nouvelle, mais si on veut se donner une idée de ce que cela sera, il faut retourner aux années 70
Pour ce qui est d'être scotché à une idée, je pense que c'est plutôt ceux qui veulent à toute force ramener cette crise au PO qui le sont. Il a été largement démontré que ces dernières années ont connu un emballement de l'endettement(non corrélé au prix du baril vu qu'il s'agit d'une tendance de long terme) et le gonflement d'une bulle immobilière(là encore sans corrélation avec les prix du brut étant donné que c'est lié à la politique de la fed visant à éviter un crash économique après 2001-2002), et que la crise a été générée par l'éclatement de la bulle du crédit. Cette explication a le mérite d'avoir été avancée par les quelques économistes ayant anticipé la crise et de permettre de comprendre ses aspects(comme les difficultés du secteur bancaire).
A force de s'intéresser à un sujet(le PO), on en vient vite à tout rattacher à cela, mais il faut se défendre de cette tendance.

Qui sont les plus scotchés ?

Moi, je crois que c'est surtout Sarko et les autres du G20 qui sont scotchés sur des causes uniquement financières. Et les journalistes font pareil. Ils informent aussi les gens du changement climatique mais jamais du peak oil, c'est bizarre, non? On se demande s'ils comprennent quelque chose à la crise. Heureusement qu'il y a internet pour informer du peak oil.

Déni et aveuglement.

Le constat de la mise à l’écart de Peak Oil par le monde médiatique et du manque d’esprit critique des journalistes par rapport à la capacité de perpétuer indéfiniment la croissance m’ont fortement interrogé. J’ai exprimé mes interrogations dans des commentaires faisant suite à la note intitulée « Déni et aveuglement » postée par Imago en novembre 2007.

[C’est précisément grâce à un lien fourni dans cette note que j’ai découvert les propos de Jacques Méchelany rapportés cinq mois plus tôt par oleocene. Après avoir relu ces propos, en février dernier, de nouvelles réflexions effectuées à la lumière de la connaissance des événements ayant abouti à la récession actuelle m’ont conduit à écrire le présent article.]

Remarque relative à l'endettement.

Je pense moi-aussi que l'endettement a joué un rôle important et que tout ne se ramène pas directement à Peak Oil. Le problème majeur à la base de l’ensemble des faits en relation avec la crise globale actuelle se situe, selon mon analyse, dans le fait que l'état de croissance rapide ayant émergé après la Seconde Guerre Mondiale (grâce à l’existence d’une énergie produite à faible coût, vendue le plus souvent à bas prix et ayant simultanément permis, jusqu’aux alentours de 2004, de satisfaire une demande croissante) approche désormais des ultimes limites de cette croissance. Pour plus de détails, revoir mon commentaire intitulé Réponse.